01 août 2007
J’aime pas… Bret Easton Ellis
La hypittude aime consacrer certains auteurs qu’il faut à tout priiiiiiiiiiiix avoir dans sa bibliothèque pour être dans le move. Comme quand on me vante un auteur, je me dois de juger par moi même de ses qualités. Et là, je ne comprends pas trop pourquoi on s’extasie. En fait, je ne comprends même pas du tout.
Je commence donc par Glamorama que je n’ai pas aimé. Mais ne voulant pas juger sur un seul titre, je lis le fameux American Psycho (je n’ai jamais vu le film, je précise). Bon, inutile de faire deux chroniques, c’est exactement le même topo : un homme riche et complètement à côté de ses pompes se drogue et vit dans une bulle de luxe, se moquant de ceux qui n’ont pas tout, y compris et surtout un corps parfait. Ouais ne pas avoir fait refaire ses seins, c’est trop trop ringard, quoi ! Bon, dans American Psycho, le héros torture et tue après avoir baisé comme un malade alors que dans Glamorama, le héros baise comme un malade et assiste ensuite à une séance de torture. L’écriture Bretellisienne est tellement opaque qu’on ne comprend rien. On ne voit pas où ça veut aller et au bout de 600 pages, on se rend compte qu’il n’allait nulle part.
Donc le fond est merdique, y a pas d’histoire, on suit un héros qui ne comprend rien à ce qui lui arrive et nous non plus. Il est totalement indifférent à ce qui l’entoure et nous également. Crève mon gars, franchement, on s’en tape et même, si tu pouvais mourir au bout de 200 pages, ça nous ferait plaisir. On a quelques scènes de sexe orgiaques qui sont à peu près aussi excitantes qu’un morceau de viande avariée. Non mais sans déconner, je sais pas comment on peut écrire de scène de sexe à trois (oui, ils sont rarement deux et quand ils ne sont que 2, ils se font chier) sans que ça ne déclenche le moindre émoi chez le lecteur.
Sur la forme, l’écriture n’a rien d’exceptionnel, j’ai l’impression de lire des résumés de défilés de mode, des catalogues de CD. Il est pigiste à la Redoute ou quoi ? Non mais y a des passages entiers de American Psycho qui décrivent les tenues des personnages « Courtney pore une robe en soie sauvage Dolce & Gabanna, des chaussures Manolo Blink… ». Fa-sci-nant. Surtout quand on n’est pas expert en mode car on a oublié son catalogue pour lire ce chef d’œuvre littéraire. Toujours dans American Psycho, nous avons des chapitres entiers nous présentant la biographie artistiques de certains chanteurs ou groupes comme Genesis ou Withney Houston. Le rapport avec l’intrigue ? Aucun mais vu qu’il n’y a pas vraiment d’intrigue, on n’est pas à une bizarrerie près mais on ne sait plus très bien si on lit un roman ou le dictionnaire de la musique.
En fait, je crois avoir une explication. A l’instar de ses personnages, Ellis se tapisse les narines et pas qu’un peu, ce qui donne des romans sans queue ni tête, qui ne servent à rien si ce n’est faire briller les yeux des gens pauvres qui se rêvent riches. Ah oui, les héros Bretellisiens vivent dans le New York strass et paillettes, sont des fils à papa et ont tellement de tune qu’ils ne savent même plus comment le dépenser. Patrick Bateman, le héros pseudo mythique d’American Psycho fait expédier les affaires de ses victimes à l’autre bout du monde pour faire croire qu’ils sont partis là-bas. Car dans le New York de Bret, les héros disparaissent sans laisser de trace.
Mais pourquoi crie-t-on au génie, mais pourquoi ? Pourquoiiiiiiiiiii ? Ecriture creuse, histoires inexistantes… Ça se veut subversif mais franchement, sortez les gens, j’ai lu 100 fois plus subversif dans ma vie. On dirait que M. Ellis a mis bout à bout ses fantasmes pour faire des livres, il ne cherche qu’à choquer en étalant le pognon de ses héros et leurs névroses. Et leur vide intersidéral car y a pas plus con et inculte qu’un héros Bretellisien. Ils sont au comble de la hypittude, ils achètent les derniers CD à la mode, possèdent les derniers objets high tech mais lire ne serait ce qu’un journal, on sent que déchiffrer des mots, c’est au dessus de leurs forces. Certains m’objecteront (sans doute) que c’est intemporel et que ça ne peut pas être placé dans un contexte géopolitique et sociétal donné. Sauf qu’on ne fait pas plus périssable que la mode et lire une chronique sur la petite Withney Houston, la star qui monte, on fait difficilement plus ringard 15 ans plus tard.
Alors pour ne pas être de totale mauvaise foi, j’ai cherché le message dans tout ça. On écrit pas des milliers de pages dans sa vie « pour rien ». Donc à priori, je dirais qu’à travers ses romans, Ellis essaie de mettre en relief la superficialité et le vide de cette élite New Yorkaise où les gens sont interchangeables et remplaçables. Que personne ne compte pour personne à tel point que dans American Psycho, ils se plantent toujours de prénom. Remarquez, y a tellement de personnages que je saisis jamais bien qui est qui. Bateman tue des tas de gens et on ne se rend même pas compte de leur disparition. Ok, c’est sans doute ça. Mais dénoncer le vide par le vide, c’est plutôt creux comme démarche. Ahah.
Bref, si vous êtes un faux subversif au top de la hypitude, que vous aimez les milieux strassés et pailletés et que vous buvez du champagne au petit déj, Bret Easton Ellis est fait pour vous. Sinon, passez votre chemin. Mais pour moi, le jeu n’en vaut pas la chandelle, donc à éviter.

